| Tout le monde a entendu parler de la madeleine de Proust. Mais qui connaît le chien-chaud d'Appéré ?
Le summum du plaisir lorsque je vais au Parc : consommer un hot-dog grossièrement enveloppé dans une serviette en papier.
J'attends patiemment mon tour, glisse trois euros dans la main d'une jeune fille prudemment emmitouflée, m'empare de mon sandwich, en ensevelis la saucisse sous une couche épaisse de moutarde, puis me retire pour l'avaler avec délectation.
Le pain est sec, et taillade cruellement palais et gencives, la viande n'a guère de goût, l'assaisonnement me dégouline entre les doigts, mais qu'importe ? Je savoure. Comblé.
La raison de cet étrange ravissement ?
Un vague mais tenace souvenir d'enfance. Lorsqu'au sortir du lycée, j'avais en poche suffisamment d'argent pour m'offrir ce qui passait encore pour un luxe : un hot-dog.
J'étudiais à Annemasse. Et la roulotte du marchand était installée sur la place de la mairie. Le grill dégageait une telle fumée que je distinguais à peine les traits de celle qui me tendait l'objet de ma convoitise, tandis que le patron encaissait.
Il faisait froid. On ne parlait pas encore de réchauffement de la planète à cette époque. Et l'autocar que je devais prendre pour rentrer à la maison se faisait attendre longtemps.
Comment décrire autrement l'état dans lequel ce hot-dog brûlant me transportait qu'en termes de douce euphorie ? Je ne sentais plus mes pieds gelés, ni mes doigts gourds : j'étais… heureux, tout simplement.
Nostalgie, quand tu nous tiens ! |