« À l'aune des lois pénalisant la “discrimination” en Occident, la presque totalité du patrimoine littéraire est passible de l'index. Ces lois ineptes reflètent une panique : nos “élites” n'ont plus le courage d'affronter la part ombreuse de l'humain, la crudité du réel — les mots de l'humain, les traits d'ironie qui disent les passions, les hantises, les répulsions. Comme si la police du langage pouvait adoucir les mœurs. Au contraire, elle exaspère les tensions en acculant au refoulement, elle pénalise les marges en croyant les sanctuariser. Ce qu'on n'a plus le droit de dire sur la place publique, on le chuchote entre complices, avec le clin d'œil entendu de qui n'est pas dupe. À la longue s'instaure de facto une manière de confrérie d'irréguliers, soudée par la rancœur — et le brocard anodin tourne à la haine. Dans un siècle, peut-être une décennie, les historiens riront de ces lois comme on rit de celles du régime de Vichy réglementant la taille des maillots de bain. »