Sébastien Fath, Dieu bénisse l'Amérique. La Religion de la Maison-Blanche (Éditions du Seuil : Paris, 2004), 285 pages, 17 €
Présentation du livre
« Au lendemain du 11 septembre 2001, la sympathie pour les États-Unis était presque universellement partagée. Trois ans plus tard, elle s'est largement évaporée. L'une des raisons essentielles de ce désamour, c'est la religion, celle de Bush, clle de ses conseillers, celle de ses électeurs nationalistes et fondamentalistes qui font une lecture manichéenne du Bien et du Mal dans le monde. Qu'en est-il exactement ? L'auteur rappelle le rôle de la "religion civile" aux États-Unis — cette imprégnation de la société dans son ensemble par des valeurs religieuses. Il décrit la montée, depuis une trentaine d'années, des évangéliques et le recul concomitant des autres dénominations protestantes. Il analyse l'impact, en dépit des apparences, de la sécularisation de la société américaine : l'Amérique et son mode de vie remplacent de plus en plus le messie chrétien comme figure du salut. Il pose la question des changements — durables ou non — depuis trois ans : assiste-t-on à une rupture dans l'histoire religieuse américaine ? Et quelles en seraient les conséquences ? » (Quatrième de couverture)
Thèse de l'auteur
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Suivre la piste religieuse, comme on le fait souvent, en France en particulier, pour expliquer « les mutations de l'hyperpuissance américaine post-2001 » est à la fois judicieux et dangereux. « Le pragmatisme à toute épreuve de la Maison-Blanche, articulé à une société plurielle, invalide l'hypothèse d'une "prise en otage" du pouvoir américain par une religion monothéiste, aussi missionnaire soit-elle. L'influence qu'exercent manifestement les lobbies confessionnels ne dicte pas l'essentiel de l'agenda politique américain. Mais la piste religieuse n'est pas erronée pour autant dès lors qu'on déplace le regard sur ce qui fait le cœur du dispositif de légitimation idéologique de la société états-unienne, à savoir la Civil Religion. L'hypothèse centrale de cet essai postule le glissement de cette religion civile vers un nouveau stade, découplé des ancrages chrétiens. Une phase inédite, encore incertaine, caractérisée par une substitution : de bras armé du messie chrétien, l'Oncle Sam devient le messie lui-même. L'utopie extra-mondaine du "Royaume" se sécularise sous la forme d'un modèle "prêt à consommer", la société américaine actuelle, paradigme indépassable. » (Pages 247-248)
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Ce « glissement néomessianique américain » est-il incontrôlable ? L'auteur nous assure que non, vu le nombre de facteurs régulateurs encore actifs aux États-Unis. Facteurs régulateurs au nombre desquels il propose au lecteur de ranger la religion, précisément. « […] à rebours d'une idée couramment partagée, le meilleur rempart contre la "secte" américaine globalisée redoutée, entre autres, par les médias français n'est peut-être pas l'affaiblissement des religions déjà présentes aux États-Unis, mais au contraire leur militantisme persistant. » (Page 245) Car, explique-t-il, « l'utilité sociale des Églises, aux États-Unis (comme ailleurs), ne se résume […] pas à tisser des liens horizontaux, ou à moraliser à bon compte la population (rôle où la cantonnent volontiers les straussiens et autres héritiers de Nietzsche). Elle tend aussi à ce rappel impérieux : l'Amérique n'est pas dieu. Pour les fidèles, qu'ils soient chrétiens, juifs, musulmans ou mormons, la Lex America ne saurait s'arroger les attributs d'une norme universelle que seule la divinité transcendante fonde et garantit à leurs yeux. » (Pages 245-246)