Dieu révélé
Jean 1.18 : « Dieu, personne ne l'a jamais vu : le Dieu Fils unique qui est sur le sein du Père, lui, il l'a révélé. »
Cette phrase qui clôt le prologue de l'Évangile de Jean est l'une des affirmations les plus stupéfiantes de toute la Bible. Et il n'est pas certain que nous en saisissions toujours la portée et les enjeux.
On pourrait passer des journées entières à méditer ces quelques mots, mais nous nous contenterons de retenir ceci : cette affirmation extraordinaire doit avoir une profonde influence à la fois sur la compréhension de Dieu qui est la nôtre en tant que chrétiens, et sur notre manière de témoigner de lui auprès des non-croyants.
Ce deuxième point tout d'abord : « Personne n'a jamais vu Dieu » - cette phrase aurait tout aussi bien pu être prononcée par notre voisin de palier athée ! Prise isolément, elle donne plutôt l'impression d'exprimer un certain scepticisme. Mais Jean poursuit : « le Dieu Fils unique qui est sur le sein du Père, lui, il l'a révélé. »
Le paradoxe est évident, mais Jean le souligne précisément. Dieu est invisible, mais il s'est révélé en la personne de son Fils, qui est lui aussi Dieu. Celui-là même qui a « établi sa demeure parmi nous » (1.14) est Celui qui était « au commencement auprès de Dieu » et qui est lui-même Dieu (1.1).
Conséquence ? Si nous voulons parler de Dieu à nos contemporains non-croyants... il nous faut parler de Jésus, Celui qui l'a révélé. Comment pourrait-on prétendre parler de Dieu en faisant l'impasse sur sa révélation la plus directe et suprême ? Jean 1.18 doit donc nous inciter à placer Jésus-Christ au centre de notre évangélisation. Cela ne signifie pas qu'on ne parlera que de lui, mais cela signifie bien, en revanche, que c'est en conduisant nos contemporains vers lui que nous les amènerons à Dieu.
Deuxièmement, nous l'avons dit, l'affirmation extraordinaire de Jean 1.18 doit transformer la façon dont nous comprenons qui est Dieu, nous qui sommes croyants.
À première vue, la prétention même de connaître Dieu ou de pouvoir annoncer quoi que ce soit à son propos semble inconcevable. Récemment encore, je sentis un certain vertige face aux mystères de la Personne de Dieu : qui suis-je pour dire quoi que ce soit à son propos ? Après tout... « personne n'a jamais vu Dieu » !
Mais c'est précisément Jn 1.18 qui me vint alors à l'Esprit. Car Dieu s'est pleinement révélé à nous en la personne de son Fils, au point que Jésus a pu dire : « celui qui m'a vu a vu le Père » (Jean 14.9). La portée de cette affirmation, pour nous croyants, est immense. Bien souvent, je me demande qui est vraiment Dieu. Comment réagit-il face à l'injustice, à la pauvreté, à la violence, à l'immoralité, à l'hypocrisie religieuse ? Eh bien, le Nouveau Testament nous en livre les réponses. Nous voyons Jésus dénoncer l'injustice avec force ; nous le voyons ému de compassion devant la pauvreté ; nous le voyons dénonçant la violence, et en même temps intransigeant face au péché ; nous le voyons animé d'une sainte colère face aux marchands du temple ; nous le voyons en larmes et indigné devant la tombe de Lazare. Sommes-nous bien conscients que dans chacun de ces cas, c'est bien Dieu que nous voyons réagir ?
Bien entendu, le cœur de Dieu, comme son conseil secret, nous échappe en grande partie. Mais il nous a révélé tout ce qui était nécessaire à ce que nous soyons réconciliés avec lui, à ce que nous le connaissions. Et dans la Personne de Son Fils, dans sa vie et son œuvre qui nous sont relatées par les témoins fidèles que sont les apôtres, nous voyons « ce que cela donne » lorsque Dieu a établi sa demeure parmi nous. Nous avons un aperçu sublime du cœur de Dieu lui-même, et nous comprenons un peu mieux ce que cela veut dire d'aimer Dieu et de le servir.
Matthieu Sanders