Gourette 2004 (fra)
La Conférence dans le brouillard
23 Août 2004, 21 heures, quelque part dans les Pyrénées. La nuit tombe, mais avec elle, tombe un brouillard si épais que la différence entre jour et nuit est presque insensible. Il me semble que nous côtoyons des précipices sans fonds… S’il faut en croire un panneau à peine visible, nous arrivons dans un village nommé Gourette…
24 Août 2004 au matin : il y a toujours autant de brouillard, mais la centaine de joyeux participants à la conférence ABE où nous sommes censés nous trouver nous le confirment ; c’est bien à Gourette que nous sommes, et la Conférence a bien commencé hier soir.
Dommage pour le reporter que je suis d’avoir raté la soirée d’accueil… Dans ce brouillard toujours aussi opaque, je ne sais toujours pas à quoi ressemble Gourette, mais l’ambiance est bien sympathique :
une cinquantaine d’Anglais, une cinquantaine de Français et de Suisses et une dizaine d’Espagnols. La communication n’est pas toujours évidente, mais on essaie courageusement de se mélanger lors des repas, et la super cuisine aidant, on arrive à échanger quelque peu. Parce qu’il faut vous dire que les buffets genre « Club Med » sont une merveille et j’en vois qui, n’arrivant pas à faire leur choix, plient littéralement sous le poids de leur assiette. Mais n’étant pas là pour dévoiler les faiblesses de mes frères et sœurs, je passerai immédiatement au déroulement des journées.
La Conférence au travail
Le thème choisi « Construire une Église vivante » était traité par le pasteur de l'Église baptiste de Cauldwell Hall Road à Ipswich, Malcolm Macgregor.
Inutile de vous dire qu’avec un orateur ainsi nommé, tous les francophones et hispanophones ont été très reconnaissants à Roger Cook et à tous ses collaborateurs traducteurs pour leur travail et pour l’excellent matériel de traduction mis à leur disposition.
L’intervention de l’orateur principal était cependant précédée chaque matin d’un moment de louange, de méditation et d’adoration qui nous a invités à nous accueillir les uns les autres (Keith Johns, le mardi), à prier les uns pour les autres (Daniel Molla, le mercredi), à veiller les uns sur les autres (Larry Thornburg, le jeudi), et enfin à nous aimer les uns les autres (Marc Shöni le vendredi). Ces instants ont été infiniment précieux, tant en raison de l’émouvante chorale anglo-franco-hispanophone que nous formions que de l’enseignement très concret et très profond qui était apporté.
Des ateliers clôturaient ces matinées bien remplies :
sur le thème de « Comment être un bon membre d’Église » le mardi et de « La Prière dans l’Église » le mercredi. Ceux-ci ont été l’occasion de bons échanges, marqués par la franchise et le désir de trouver les meilleures solutions possibles.
La Conférence en promenade
Je passerai sur les repas auxquels j’ai déjà fait allusion (voir à la rubrique « frères et sœurs pliant sous le poids de leur assiette ») et j’en viendrai aux séquences « tourisme » de nos journées qui, sous l’aimable mais ferme direction (parce qu’il y en a toujours qui n’ont pas entendu qu’il fallait être dans le hall à 14 heures, qui ne savent pas dans quelle voiture ils sont, ou qui n’ont pas compris qu’il fallait attendre les autres pour partir) de Nordine Salmi et de Jacqueline Allaki, furent de vraies réussites. Il faut dire que le brouillard avait finalement décidé de se lever au cours de l’après-midi de la seconde journée, ce qui nous permit de découvrir enfin notre environnement — et quel environnement : une merveille… mais vous n’aviez qu’à y être !
Le mardi, visite d’une « miellerie » (je ne savais pas que ça existait) : là, surprise, l’apiculteur avait affiché, sur sa porte d’entrée, un poisson. Après un moment d’hésitation — s’agissait-il d’une miellerie-poissonnerie ? — il est apparu que cet apiculteur était en fait un apiculteur chrétien ! « Je suis de la famille » nous a-t-il confirmé. Ce qui devait être vrai parce que son miel était délicieux.
Le mercredi, la visite du château de Pau a été l’occasion d’apprendre qu’Henri IV avait passé ses premiers mois dans un berceau qui n’était autre qu’une carapace de tortue (rien à voir avec son itinéraire ultérieur).
Enfin, le vendredi nous a permis de découvrir des sommets (près de 2 000 mètres) grâce à un voyage dans un tout petit train qui avait autrefois servi à acheminer les ouvriers et les matériaux vers un barrage en construction et qui continuait à se frayer courageusement un chemin entre des parois abruptes et des précipices impressionnants pour le plaisir (teinté d’angoisse) des touristes.
La Conférence se détend
Les soirées — une anglaise, une espagnole, et une française — étaient mi récréatives, mi informatives. Les Anglais nous ont réjouis en nous racontant la résurrection de la petite Église de Bury dont les vingt derniers membres avaient, par la foi, acheté cent chaises… et les avaient vues, petit à petit, toutes occupées avant de devoir penser à acheter un nouveau local. Puis, ces mêmes Anglais nous ont chanté (et très très bien chanté) un certain nombre de cantiques et de chants traditionnels dont le dernier nous affirmait que « The English are the best », ce dont nous n’avions naturellement jamais douté.
Les Espagnols, eux, se sont mis en tête de nous retracer l’histoire de l’inquisition, dont certaines scènes étaient d’un réalisme terrifiant et dont Paul Appéré a failli faire les frais : ses bourreaux l’autorisèrent cependant, in extremis, à descendre de son bûcher après que le tribunal inquisitorial eut décidé de lui laisser deux ans de réflexion pour revenir dans le giron de l’Église catholique (suite à la prochaine Conférence ABE).
Les Français enfin, après nous avoir donné une image quelque peu surprenante — mais peut-être un peu exagérée, encore que… — des missionnaires anglais en France, ont évoqué (très sérieusement cette fois) les efforts d’évangélisation récemment entrepris dans notre pays (dont la campagne de l’été dernier à Croix).
La Conférence et l'avenir de l'ABE
Votre reporter ayant zappé l’Assemblée générale de l’ABE, vous n’en saurez que ce qui en a transpiré dans « l’envoi » qui clôturait cette conférence et dont Paul Appéré fut chargé. Un envoi quelque peu empreint de mélancolie ou à tout le moins de regrets. Le regret de constater l’âge moyen toujours assez élevé des participants. Une rencontre internationale ne devrait-elle pas intéresser plus de jeunes ? Le regret aussi de voir les objectifs de l’ABE se réduire. Où sont les campagnes d’évangélisation d’antan ? La conférence n’est actuellement, semble-t-il, la seule activité visible de l’ABE. Enfin, le regret de ne pas disposer de plus de ressources humaines. Qui va venir reprendre le flambeau et s’engager à continuer cette belle œuvre : faire se rencontrer et travailler ensemble des chrétiens baptistes de différents pays d’Europe ?
Nous ne voulons cependant pas terminer sur cette note mélancolique, qui ne rendrait pas justice à la joie qui a présidé à l’ensemble de cette Conférence qui était parfaitement organisée et qui s’est parfaitement déroulée ; mais que l’expression de ces regrets puisse simplement nous motiver pour que subsiste, se fortifie et grandisse l’ABE.
Sylvette Rat